Le Rossignol Et L'empreur de Chine!!!
Conte D'Andersen
Vous savez qu'en Chine l'empereur est un Chinois et tous ceux qui l'entourent sont Chinois. Il y a de longues années, (et justement parce qu'il y a longtemps) je veux vous conter cette histoire avant qu'on ne l'oublie.
Le palais de l'empereur était le plus beau du monde, entièrement construit en fine porcelaine - il fallait même faire très attention.
Dans le jardin poussaient des fleurs merveilleuses, aux plus belles d'entre elles on accrochait une clochette d'argent qui tintait à la moindre brise afin qu'on ne puisse passer devant elles sans les admirer. Oui, le jardin était si vaste que le jardinier lui-même n'en connaissait pas la fin.
Si on marchait très, très longtemps on arrivait à une forêt avec des arbres superbes et des lacs profonds. Cette forêt descendait jusqu'à la mer bleue et dans les branches de ses arbres vivait un rossignol dont le chant merveilleux charmait jusqu'au plus pauvre des pêcheurs.
Quoiqu'ils eussent bien d'autres soucis, ils restaient silencieux à l'écouter et s'écriaient, quand le chant était fini: Dieu que c'est beau! De tous les pays du monde, les voyageurs venaient admirer la ville de l'empereur, le château, le jardin, mais quand on les menait entendre le rossignol, tous s'écriaient : " ça, c'est encore ce qu'il y a de mieux"
"Les voyageurs, rentrés chez eux, en parlaient et les érudits écrivaient des
livres sur la ville, le château et le jardin, sans oublier le rossignol qu'ils mettaient au-dessus de tout. Ces livres faisaient le tour du monde et quelques uns arrivèrent un jour jusque chez l'empereur de Chine. Assis sur son trône doré, il les lisait et les relisait et, de la tête, il approuvait les descriptions prestigieuses de la ville, du château, du jardin " Mais le rossignol est quand même ce qu'il y a de mieux " lisait-il.
Qu'est-ce que c'est que ça? dit l'empereur, le rossignol! Je ne le connais même pas. Y a-t-il un oiseau pareil dans mon empire et, par-dessus le marché, dans mon jardin! Et je n'en ai jamais entendu parler, et il faut que j'apprenne ça dans un livre!
Il fit venir son chancelier d'honneur, un homme si distingué que si quelqu'un d'un rang inférieur à lui-même osait lui parler, il répondait "P.p.p." ce qui ne veut rien dire du tout.
- Il paraît qu'il y a ici un oiseau xtraordinaire qui s'appelle rossignol, lui dit l'empereur. On prétend que c'est ce qu'il y a de mieux dans mon empire ! Pourquoi ne m'en a-t-on jamais rien dit ?
- Je n'en ai jamais entendu parler, dit le chancelier, il n'a jamais été présenté à la cour.
- Je veux qu'il vienne chanter pour moi ici ce soir. Toute la terre est au courant de ce que je possède et moi, non!
- Je ne sais rien de lui, dit le chancelier, mais je le chercherai. Je le trouverai.
Mais où le trouver? Le chancelier courut en haut et en bas des escaliers, à travers les salons, le long des couloirs, personne parmi ceux qu'il rencontrait n'avait entendu parler du rossignol. La moitié de la cour le suivait en s'enquérant du merveilleux rossignol! Enfin, ils trouvèrent dans les cuisines une petite fille pauvre :
- Oh! Dieu, dit-elle, le rossignol, je le connais, il chante si bien! J'ai la permission d'apporter chaque soir à ma mère malade quelques restes de la table.
Elle habite au bord de la mer et quand je reviens, je suis fatiguée, je me repose dans la forêt et j'écoute le rossignol. Les larmes me viennent aux yeux, c'est doux comme un baiser de ma mère.
- Petite fille de cuisine, dit le chancelier, tu auras un ngagement et le droit de regarder l'empereur manger, si tu nous conduis auprès du rossignol, car il est convoqué ce soir.
Alors ils partirent vers la forêt où le rossignol avait l'habitude de chanter. Ils marchèrent longtemps et soudain, le rossignol se mit à chanter :
- C'est lui! Ecoutez, écoutez... et le voilà, dit la fillette, en montrant du doigt un petit oiseau gris dans le feuillage.
- Pas possible? dit le chancelier. Comme il a l'air ordinaire, il a dû perdre ses couleurs de frayeur en voyant tant de hautes personnalités chez lui.
Petit rossignol! cria la fillette, notre empereur voudrait que tu chantes pour lui.
- Mon excellent petit rossignol, lui dit le chancelier, j'ai le grand honneur de vous inviter pour ce soir à une fête à la cour où vous charmerez Sa Majesté Impériale.
- Avec le plus grand plaisir, répondit le rossignol.
On fit de grands préparatifs au château. Au milieu de la grande salle où était assis l'empereur, on avait installé un perchoir d'or sur lequel le rossignol devait se tenir. Toute la cour était présente et la petite fille avait eu la permission de rester derrière la porte. Tous portaient leurs habits de cérémonie et ils regardaient le petit oiseau gris auquel l'empereur souriait.
Le rossignol chanta si merveilleusement que les larmes coulaient sur les joues de l'empereur. Il était ravi et voulait que le rossignol reçût la grande décoration de la pantoufle d'or. Le petit oiseau remercia très poliment :
- J'ai vu des larmes dans les yeux de mon empereur, c'est mon plus riche trésor.
Et il chanta encore une fois de sa douce voix.
Même les laquais déclarèrent qu'ils étaient contents! Et ils sont bien les plus difficiles à satisfaire. Ah! oui, le rossignol avait du succès! Dorénavant, il resta à la cour, dans sa cage avec permission de sortir deux fois le jour et une fois la nuit, mais douze domestiques devaient tenir chacun un fil de soie...attaché à sa patte, et il n'y a aucun plaisir à se promener dans ces conditions.
Toute la ville parlait de l'oiseau miraculeux! Quand deux personnes se rencontraient l'une disait " rossi.." et l'autre " gnol ", elles soupiraient et elles s'étaient comprises. Onze enfants de charcutiers portèrent même le prénom de Rossignol, quoiqu'ils n'eussent point le plus petit filet de voix.
Un jour arriva à la cour un paquet sur lequel était écrit " rossignol". Dans ce paquet était une boîte qui contenait un rossignol mécanique qui aurait pu ressembler à l'autre, mais qui était incrusté sur tout le corps de diamants, de rubis et de saphirs. Dès que l'on remontait l'automate, il chantait comme l'oiseau véritable, sa queue battait la mesure et étincelait d'or et d'argent. C'était un cadeau de l'empereur du Japon.
On voulu faire chanter les deux oiseaux ensemble, mais ça n'allait pas très bien. Le véritable rossignol roucoulait à sa façon et l'autre chantait des valses.
- Ce n'est pas de sa faute, dit le maître de musique, il a quand même beaucoup de rythme.
L'automate chanta donc seul. Il connut la gloire d'autant plus qu'il était beaucoup plus joli à regarder, il étincelait comme un bracelet ou une broche. Trente trois fois il chanta le même air sans être fatigué. Les gens l'auraient bien écouté encore mais l'empereur estima que c'était au tour du véritable rossignol.
Où était-il donc passé? Personne n'avait remarqué qu'il s'était envolé par la fenêtre ouverte, bien loin, vers sa verte forêt.
- Qu'est-ce que c'est que ça? dit 'empereur, et tous les courtisans, unanimes blâmèrent le rossignol et le jugèrent extrêmement ingrat.
- Le plus bel oiseau nous reste, pensait chacun... Et l'automate chanta encore.
- Voyez-vous Grand empereur et vous messeigneurs, avec le vrai rossignol on ne sait jamais d'avance ce qui va venir, tandis qu'avec l'autre tout est prévu.
C'est comme ça et pas autrement. On peut l'ouvrir, l'expliquer, savoir où sont les valses et comment l'une suit l'autre, dit le maître de musique.
- C'est tout à fait ce que je pense, disait chacun des courtisans.
Le vrai rossignol fut banni du pays et de l'empire.
Un an passa. L'empereur, la cour et tous les Chinois savaient par coeur chaque valse du rossignol mécanique. Mais un soir...
L'automate chantait, l'empereur était dans son lit et l'écoutait. Tout à coup, à l'intérieur de l'oiseau, il se fit un " couac ", quelque chose sauta " brrrrr "... et la musique s'arrêta!
L'empereur sauta du lit et appela son médecin, mais qu'y pouvait-il? Alors on fit venir l'horloger. Après bien des examens il réussit à réparer tant bien que mal la mécanique mais il prévint qu'il fallait beaucoup la ménager car les pivots étaient usés et il n'était pas capable de les remplacer. Quelle déception !
L'oiseau mécanique ne chanta plus qu'une fois par an.
Cinq ans passèrent et tout le pays eut un grand chagrin. L'empereur était très malade au point de ne pas survivre, disait-on, et un nouvel empereur était élu.
Cependant, l'empereur n'était pas encore mort. Immobile dans son lit, le pauvre monarque ne pouvait presque plus respirer. Il lui semblait avoir un poids énorme sur la poitrine.
Il ouvrit les yeux et vit que c'était la Mort qui était assise, là.
Elle avait mis sa grande couronne d'or et tenait d'une main son sabre d'or, de l'autre son splendide drapeau. Tout autour d'elle, des têtes étranges perçaient, les unes hideuses, les autres gracieuses et aimables. C'étaient les mauvaises et les bonnes actions de l'empereur qui le regardaient alors que la Mort était assise sur son coeur.
- Te souviens-tu de cela? murmuraient-elles. Te souviens-tu de ceci, encore?
- Je n'ai jamais rien su de tout cela, cria l'empereur. Musique! Musique! Petit oiseau précieux, chante! Chante! Je t'ai donné de l'or et des bijoux, je t'ai donné ma pantoufle d'or. Chante! Chante!
Mais l'oiseau restait silencieux, personne n'était là pour le remonter et donc, il ne pouvait chanter. La Mort regardait le moribond et tout était silencieux.
Effroyablement silencieux. Alors s'éleva soudain près de la fenêtre un chant doux et délicieux, c'était le petit rossignol vivant, assis dans la verdure, audehors. Il avait entendu parler de la détresse de son empereur et il venait lui chanter consolation et espoir.
Tandis qu'il chantait, les sinistres apparitions s'estompaient, le sang circulait de plus en plus vite dans les membres affaiblis du mourant et la Mort, ellemême, écoutait et disait : " Continue petit rossignol, continue."
- Oui, mais donne-moi ce beau sabre d'or, ce riche drapeau, donne-moi la couronne.
Et la Mort donna chaque joyau pour un chant. Alors le rossignol chanta le cimetière paisible où poussent les roses blanches, où le sureau embaume. La Mort eut la nostalgie de son jardin et se dissipa comme un froid brouillard blanc par la fenêtre.
- Merci, merci, dit l'empereur, petit oiseau du ciel, je te reconnais. Je t'ai chassé de mon empire et cependant, tu as repoussé de mon lit mes péchés et la Mort de mon coeur! Comment te récompenser ?
- Tu m'as déjà récompensé, dit l'oiseau. J'ai vu des larmes dans tes yeux.
Elles sont le vrai bijou pour le coeur d'un chanteur. Dors maintenant, je vais chanter pour toi.
Quand l'empereur se réveilla, ses serviteurs étaient là dans sa chambre, pour voir leur roi mort, et lui leur dit simplement :
" Bonjour ! "

Conte D'Andersen